Epiphanie

Quelques textes qui accompagnent l’Épiphanie par Père André Stuer

DE GALETTES EN GALETTES…
Au nouvel an, on fabriquait de petites galettes qui faisaient la joie des enfants.
Autant de maisons, autant de recettes et on en gardait le goût , lié aux visages
qui les avaient offertes. Puis venait la galette des rois. Mémoire de trois
inconnus, des mages d’Orient, qui en avaient de la galette, se promenant avec
leur or, leur myrrhe et leur encens. Ils avaient un cadeau à offrir à un enfant
royal.
Dans leurs bagages ils avaient aussi plein de questions : « Y aurait-il un étoile qui
indique plus que le nord ou que le sud ? Une étoile qui donne enfin sens à notre
longue marche, à celle de tous les hommes inquiets et chercheurs, à nos rêves les
plus secrets ? »
Et ils ont marché longtemps, de nuit sans doute, jusqu’à ce qu’elle s’arrête leur
bonne étoile. Et c’est précisément là que tout a vraiment commencé.
Pareil pour nous, de galettes en galettes : galettes de joies, galettes de rois ou
de reines d’un jour, galettes des rencontres et des bonheurs jusqu’à ce que
l’étoile pour nous, un jour, s’arrête et disparaisse… Nuits sans lumière, sans
points de repères, nuits sans étoiles, chemin perdu, impasses de la tyrannie, du
fric ou du pouvoir, pacte trouble avec le noir désir et l’ Hérode en chacun, qui
sommeille.
Plus d’étoile au firmament, mais pour qui peut le reconnaître, le visage d’un
Enfant, de la terre et des cieux, aux yeux brillants d’étoiles. Et, au-delà, de ce
regard plus vaste que tous les ciels : un monde s’ouvre où la joie est offerte…
S’amorce alors un autre chemin…
L’étoile n’est plus clignotante dans les ciels de la vie, elle est lumière à
l’intérieur. Commence la quête… Finies les petites galettes du jour, les
éphémères couronnes de rois ou de reines, il faut lâcher son or, cesser
d’encenser à tous vents, et de se « myrrher » n’importe comment.
Autre est le chemin et la quête a un visage.

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E N  Q U Ê T E !
Trois mages, trois sages, au-dessus de tout soupçon I
Ils acceptent de se désorienter, de lâcher leur Orient pour les beaux
yeux d’une étoile, nouvelle dans leur galaxie, dans leur univers. Et ce
qui en savent long prennent la route de ceux qui ont tout à apprendre: la quête !

Et ceux qui croient en savoir assez, et tout Jérusalem avec eux, vont
laisser chercher à leur place, pour ensuite, récupérer l’information et
s’en servir à leur profit:  l’enquête !
Les marcheurs à l’étoile vont reconnaître en une divine épiphanie
(manifestation), la présence, humble, incarnée, enfantée.
Dieu se dit dans le regard d’un enfant ; la re-connaissance.
Connaissance nouvelle, autre, différente qui invite à d’autres chemins.
Les enquêteurs, eux, attendent au fond de leurs palais aussi clos que leur
cœurs. Les quêteurs, échappent à l’enquête et repartent par un chemin
neuf. Depuis Bethléem, Dieu est a chercher sur un chemin autre.
Notre foi : quête ou enquête ?

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LE  C H E M I N  D E S  M A G E S  (Didier Rimaud)
Il y a un temps pour regarder les étoiles et un temps pour prendre la route.
Il y a un temps pour quitter son pays et un temps pour y revenir
Un temps pour suivre les chemins et un temps pour s’en écarter
Un temps pour se poser et un temps pour s’alléger
Un temps pour s’informer et un temps pour décider
Un temps pour se rassurer et un temps pour risquer…
Le chemin des mages : chemin de sages ? Hier, aujourd’hui ?
Avec des questions éternelles et des réponses inattendues.
Avec des questions sempiternelles et des réponses surprenantes.
Même dans les écritures, i l n’y avait pas de réponse ; que des signes.
Mais dans la marche, naissent des réponses…
Accepter d’être désorienté, dépossédé d’un savoir, pour enfin voir.
Lâcher la puissance, les certitudes, les habitudes, pour l’humble reconnaissance.
Quitter l’étoile pour la lumière d’un regard, celui d’un « Fils d’homme debout
pour un temps entre les cailloux et les étoiles. »

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 C H E M I N S   D E   J O I E
On ne trouve pas de bergers dans l’évangile de Matthieu, mais des sages,
des mages venus d’Orient. Ils n’ont pas de prophéties, ni de promesses
leur grand livre est le ciel, leurs richesses : une grande curiosité, un
savoir, et quelques trésors. La tradition qui les fait si différents les
réunit pourtant à la croisée de leurs intuitions : une étoile nouvelle qu
pose question et les met en route. Suivre une étoile à la trace ! Si nous
avons d’autres moyens pour déchiffrer le ciel aujourd’hui la moindre
nouveauté dans l’espace active bien des recherches. D’autre part, leur
démarche « artisanale » inspire encore nos quêtes en ces temps de
modernité : « Suivre l’étoile, peu importe les chances, peu importe le
temps ou la désespérance…» et cela, « pour l’or d’un mot d’amour »
Il nous sont sympathiques en fin de compte ces personnages qui touchent
à tout : astrologie, magie, orientalisme. On aime ça aujourd’hui. Mais les
religions se méfient : c’est trop flou, ambigu .
Les voici chez Hérode, penchés sur les écritures puisque le ciel n’est plus
lisible. Et chacun fait sa lecture : le tyran y alimentera sa paranoïa, les
pèlerins y retrouveront le chemin. Celui-ci aboutira devant l’enfant et
une joie indicible les envahira.
Mais quelle est donc cette joie puisée dans l’or d’un regard d’enfant, ?
Elle submerge bergers et mages, parce qu’elle révèle a chacun ce qu’il a
de royal. C’est la même joie qui surgira à chaque page d’évangile, chaque
fois que quelqu’un, en Sa Présence, se sentira reconnu, apprécié, aimé,
dans son être profond et pourra repartir, transformé, sur des chemins
nouveaux.

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D A N S  LA  N U I T , ILS SONT PARTIS…
Dans la nuit sont partis les mages sages, puisque l’étoile les appelait.
Ils voyageaient incognito à l’heure où le monde dormait…
Le jour, se reposaient, ces sages un peu fous qu’une étoile attirait.
Ils en avaient tant dénombré, maintenant une seule suffisait.
Qu’avait-elle donc de si secret et de si fort ?
Une certitude les guidait : cette clarté nouvelle leur parlait d’une autre
lumière. Elle leur parlait sans doute de la Lumière qui éclaire tout homme
en ce monde… Les voici devenus pèlerins de lumière I
Arrivent chez Hérode, tyran inquiet de qui lui fait de l’ombre.
Les conspirateurs agissent dans l’ombre, ruminants leurs sombres projets
sans regarder les étoiles. Déjouant le piège et la manipulation les sages
arrivent intacts devant le visage de clarté. Et sur ce visage ils découvrent
toute la beauté du monde, la profondeur des nuits et l’appel des étoiles.
Arrêt – Offrandes – Adoration.
Ils contemplent la clarté unique sur le visage de l’enfant.
Désormais, c’est sur tout visage qu’il faut la déceler, la reconnaître et
s’étonner. C’est un autre chemin qu’il faut apprendre.
L’étoile a disparu et avec elle les vieilles croyances. La vraie lumière
venue s’offrir à tout homme les invite sur un chemin nouveau qui va les
reconstruire. La lumière des étoiles sera toujours là, comme un rappel de
la clarté en eux, en chaque visage.
Mais la menace est sur l’enfant, bientôt il faudra fuir. Le petit roi
devient un exilé.
Déjà le monde est inhospitalier au fragile messager de paix.

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WE ARE MARCHING…
Nous allons nous mettre en route, se disaient les mages, depuis quelque
temps, une clarté nouvelle venue d’une étoile inconnue nous interroge et
nous transperce jusqu’au cœur. Sûr qu’elle a des secrets à livrer. Nous
prenons la route, nous marchons à sa lumière et nous irons jusqu’au bout.
Pourtant, ici, les couchants sont déchirants et la beauté des nuits fait
rêver, invitant à déchiffrer ce monde immense. Et quand vient le soir des
pans de mystère s’offrent à nos regards…
Nous avons donc pris la route, et, chaque soir, assommés de fatigue, nous
prenons le temps de vérifier si l’étoile nous guide toujours. Alors
seulement nous allons dormir en paix.
A Jérusalem, la grand’ville, nous avons fait étape car le ciel se taisait.
C’est vrai que les villes empêchent de voir le ciel. Là nous avons consulté
le roi et ses sages qui nous ont ouvert un LIVRE inconnu où se confirmait
notre quête ; une étoile, un roi, un messie, un lieu …
Enfin nous avons trouvé : un visage d’enfant, offert, désarmé, lumineux
et bienveillant, d’une clarté venant d’au delà les étoiles.
Nous nous sommes prosternés, vaincus et heureux, apaisés et confiants,
comme si nous avions découvert le secret du monde : pas seulement celui
du ciel mais celui du cœur de l’homme, habité de lumière bien au-delà de
ses nuits, de ses errances, de ses violences même.
Voici donc la clarté vers laquelle nous avons tant marché. C’est celle
d’un Dieu – Lumière. Elle habite maintenant nos cœurs, quoiqu’il arrive,
nous le savons. Avec elle, nous reprendrons la route. Une route autre,
loin des magouilles, des intrigues de cour, des calculs fébriles et des
comparaisons qui tuent.
(We are marching in the light of God, un gospel que nous aimons chanter)

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